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Nous
avons passé la journée du samedi 27 janvier à Meursault,
en France, pour fêter la Saint Vincent. Meursault est un petit village
à 40 minutes en train de Dijon. Jeff et moi avons retrouvé
notre ami Steve à la gare à 10h et nous avons pris le train
à 10h11 pour Beaune, d'où on prendrait un bus pour Meursault.
Le train était plein quand on est arrivé quelques minutes
avant son départ prévu. On ne peut pas réserver de
places dans ces trains-là, donc on a choisi la voiture la moins
bondée et on est monté. On avait des places debout près
des toilettes, et on était comme dans une boîte de sardines.
Lorsque les gens ont entendu notre anglais américain ça
les a poussés à parler entre eux de notre nouveau président.
On a également entendu quelques accents anglais vers nous. Il semblait
qu'ils faisaient un tour guidé de la Bourgogne, si leurs casquettes
bleu-marines identiques marquées " Burgundy 2001 " étaient
une indication quelconque. A l'arrêt unique et court en direction
de Beaune, on a même réussi à laisser monter quelques
personnes dans notre coin. Je suis toujours étonnée que
le manque d'espace personnel ne pose pas de problème ici. C'est
un peu comme l'immobilier en centre ville ; ne jamais laisser de centimètres
inutilisés. Et on pourrait penser que dans un espace aussi resserré
les gens se tiendraient droits et immobiles. Eh bien non ! Un homme très
vieux avait besoin d'aller aux toilettes, et s'en fichait de la façon
dont il y arriverait, tant qu'il y arriverait. Je pensais que c'était
impossible de le laisser passer, mais on a pu s'aplatir contre les fenêtres
juste assez pour qu'il puisse passer. Lui est passé, mais l'odeur
est restée. Je me suis fait un post-it mental : la prochaine fois,
chercher des toilettes vides lorsqu'on monte dans un train bondé.
Finalement il reste peut-être une place libre !
Arrivés à
la gare de Beaune, nous étions accueillis par une averse surprise.
Bizarre, vu que le soleil brillait encore. J'étais préparée,
sortant mon parapluie super compacte. Débarquant, et protégés
des grosses gouttes de pluie (enfin, moi j'étais protégée),
nous avons suivi la foule vers la gare des bus navettes, et on s'est rendu
compte qu'il fallait acheter des billets avant de monter dans les bus,
vers lesquels les gens poussaient pour sortir de sous la pluie. Il nous
fallait un plan. Jeff et moi attendions alors que Steve avançait
dans la foule pour des billets. Cependant, après un quart d'heure
d'attente sous mon parapluie, on s'est rendu compte qu'il n'y avait plus
de billets ! Steve est revenu, et on se regardait avec des yeux vides.
Les bus attendaient là alors que les gens étaient de plus
en plus trempés. Hummm. Et maintenant ?
Eventuellement les employés
du festival ont décidé tout simplement de nous faire payer
avant de monter. Eureka ! On était déjà près
d'un bus, mais avec 200 personnes qui voulaient la même chose, on
avait un obstacle devant nous. Jeff et Steve se sont fait un chemin pour
monter, me laissant derrière. Je m'occupais de mon parapluie, essayant
de le fermer tout en m'approchant de l'entrée de bus. Il se remplissait
rapidement, et pour un instant je pensais que je n'y arriverais pas. Mais
juste quand il commençait à pleuvoir plus fort, j'ai mis
un pied sur la première marche. Un succès ! J'ai réussi
à avoir l'une des dernières places debout sur l'un des trois
bus disponibles. Pendant tout ça, un parapluie s'est accroché
dans mes cheveux, les enlevant un peu de ma barrette. Dire que je ressemblais
à un rat noyé serait un compliment. Bien sûr, si j'étais
française je serais chic.
Le trajet pour Meursault
était lent, dû aux embouteillages. Lorsqu'on s'en est approché,
j'ai remarqué que les routes étaient réservées
aux bus, et que la police renforçait cette décision. On
a fait à peu près 2 km de plus que les voitures lorsque
notre bus a tourné sur un chemin rocheux et boueux dans un vignoble.
Mes espérances d'arriver à " blacktop " ont disparu
quand le bus s'est arrêté brusquement avant le village. Nous
sommes sortis sur la boue glissante, faisant attention à ne pas
tomber. La bonne nouvelle : la pluie avait cessé. Mais j'étais
encore de bonne humeur, excitée pour cette expérience, espérant
prendre quelques bonnes photos. Mais je n'irai sûrement plus jamais
à un autre festival de St. Vincent de toute ma vie, à moins
qu'il ne vienne dans les vignobles d'Atlanta.
Ce
petit village accueillera 40 000 visiteurs cette année pour le
58ème festival de la St. Vincent annuel. Chaque année met
en vedette un différent village producteur de vin. La St. Vincent,
le saint de la moisson, est fêtée avec du flair. En France,
il y a des saints pour tout, et leur bénédiction dans ces
petits villages remonte à des siècles. Ceci étant
le 58ème festival de la St. Vincent, on pourrait penser que les
organisateurs auraient compris ce truc des billets pour le bus. Mais là
je m'écarte du sujet. Des visiteurs du monde entier viennent pour
cet événement annuel, et en se baladant on a entendu des
Danois, des Allemands, des Anglais, et quelques Belges aussi. Le festival
dure un week-end et regroupe 21 caves pour goûter au vin, ainsi
que des expositions et de l'art. Le village entier y participe. Des groupes
féminins commencent à faire des fleurs en papier à
la main près d'un an en avance. Ces fleurs sont attachées
avec des fils aux branches non-bourgeonnantes pour donner l'illusion du
printemps en hiver. En me baladant dans le village charmant, de bonne
humeur à cause du bonheur des gens, je n'arrêtais pas de
jeter des coups d'il dans les fenêtres des maisons, pensant
que si je vivais là je serais tentée de m'asseoir et de
regarder les gens. Mais je suis sûre qu'ils sont dehors à
faire la fête. Ce n'est pas tous les jours que leur village, dont
le vin est connu, accueille les foules. Dont certaines, je pense, viennent
uniquement pour vraiment bien se soûler avec leurs potes pour 40f.
Une fois entrés au
village, nous avons tous acheté un verre de souvenir qui coûte
40f. C'est un verre à vin normal, avec le logo pour le festival
2001 marqué dessus. J'ai demandé pour les supports qui se
mettent autour du cou que j'avais vu portés, mais, malheureusement,
il n'y en avait déjà plus. Le premier jour, et le matin
en plus ! Les organisateurs n'organisent pas très bien ! Ces supports
me paraissaient ingénieux, et amusants. Beaucoup de gens en avaient,
ceux qui étaient au courant avant l'événement. Ces
machins consistent en un collier autour du cou, et un morceau de bois
avec un cercle découpé-un cercle juste de la bonne taille
pour tenir son verre plein et avoir l'usage de ses deux mains ! Enfin,
n'oubliez pas, celui en bois dont je parle est du design officiel de Meursault.
D'autres portaient des fonds de bouteilles en plastique d'Evian avec des
cordes attachées. D'autres faisaient simplement un nud autour
du pied et laissaient pendre le verre. Une fois nos verres achetés,
on pouvait boire tout le vin qu'on voulait dans les 21 caves sans dépense
supplémentaire. Et c'était du BON vin. On n'a été
que dans 5 des caves, buvant quelques ¼ de verres dans chacune
d'entre elles. On a vu beaucoup de soûlards qui chantaient et rigolaient.
En France il paraît que cette atmosphère induite d'alcool
ne fait que créer une foule plus ouverte et plus amiable. Mais
avant de devenir trop joyeux, on a décidé d'aller manger.
Après avoir savouré
un sandwich au foie gras, on a monté une grosse colline derrière
le village pour atteindre un vignoble, où on a été
gâté par une vue magnifique du village depuis les vignes.
De là, je peux imaginer la beauté de l'endroit en été,
avec toutes les vignes grises qui deviennent vertes et riches. Sur le
chemin en rentrant, Steve a remarqué un " raccourci "
: un trou de boue, glissant, déguisé en un chemin. Mes chaussures
noires sont rapidement devenues marron, et la boue qui ressemblait à
des sables mouvants a essayé plusieurs fois de se les procurer.
J'ai réussi je ne sais comment à glisser/boiter jusqu'en
bas sans tomber la tête en avant. Pendant que je m'approchais du
bas, Steve regardait mes chaussures et mon jean maintenant boueux, et
a réussi à me convaincre que cette boue française
était identique à la boue du Colorado, qu'il connaît
bien, et que lorsque la boue française aurait séché,
elle s'écaillerait facilement en un tas bien rangé près
de ma poubelle. Donc, naturellement, j'étais intriguée par
cette espèce particulière de boue. Imaginez donc ma surprise
quand il a fallu pas mal de travail et de temps pour enlever cette boue
! Je l'ai raconté à Steve, et maintenant il admet que la
boue française est plus costaude que la boue du Colorado. N'y a-t-il
pas une leçon quelque part là-dedans ?
Tout en rigolant de notre
sort boueux, on a continué à marcher, appréciant
le jazz et le blues qu'on entendait dans les rues. Après six heures
de marche et de verres, on a succombé pour un sandwich à
la merguez et une crêpe dégoulinante de chocolat avant de
nous diriger vers les bus. La France. Pas trop minable. Dès qu'on
est monté et qu'on a trouvé des places, les nuages arrivèrent
et la pluie tomba. On a vraiment de la chance, non !?
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